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Écrire une romance qui sonne juste

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La romance est l'un des genres les plus lus et l'un des plus difficiles à bien réussir, précisément parce que le lectorat en connaît tous les codes. Difficile de surprendre quand on maîtrise soi-même parfaitement les ressorts du genre. Voici ce qui, à notre lecture, distingue une romance qui fonctionne vraiment de celle qui reste en surface, quelle que soit la configuration du couple.


Vos personnages d'abord, leur alchimie ensuite


Le piège le plus courant : construire deux personnages autour de leur histoire d'amour, plutôt que deux personnages complets qui, entre autres choses, s'aiment.


Exemple concret : si votre personnage A est vétérinaire, donnez-lui de vrais enjeux professionnels (une clinique qui périclite, un patron toxique, un animal qu'elle n'arrive pas à sauver) indépendants de l'intrigue amoureuse. Si personnage B ne sert qu'à déclencher des scènes de tension romantique et disparaît du récit dès qu'il ou elle n'y participe pas, c'est un signal d'alarme : il ou elle a besoin de son propre fil narratif, même secondaire.


Test rapide : écrivez une scène où vos deux personnages ne sont pas ensemble. Si vous ne savez pas quoi y mettre parce qu'"il ne se passe rien sans l'autre", c'est le signe qu'il manque de l'épaisseur individuelle.


La tension ne se résume pas à un obstacle unique et répété


Beaucoup de manuscrits reposent sur un seul ressort de tension, décliné en boucle sur 300 pages. Exemple : un malentendu qui traîne, un secret qui aurait pu se résoudre en une conversation de deux minutes. Les meilleures tensions viennent généralement de plusieurs sources qui se croisent.


Exemples de ressorts solides, à combiner plutôt qu'isoler : des circonstances qui compliquent la relation (l'une va s'installer à l'étranger, l'autre reprend l'entreprise familiale), des blessures passées qui rendent prudent (une rupture précédente qui laisse des traces), des valeurs ou rythmes de vie encore mal accordés (l'un est casanier, l'autre a besoin de bouger sans arrêt).


Dans un enemies-to-lovers, par exemple, la tension vient naturellement de la rivalité ou de l'opposition de départ (deux cheffes de cuisine concurrentes, deux avocat·es adverses sur un même dossier).pPs besoin d'ajouter un malentendu artificiel par-dessus, le terreau est déjà là.


Éviter le double cliché : le drame permanent ou l'happy end sans friction


  • Le drame systématique : un récit où chaque obstacle est maximal, chaque scène tourne au conflit ouvert, où les personnages semblent se déchirer plus qu'ils ne s'aiment. A force, le lecteur ne croit plus à l'alchimie du couple, seulement à son dysfonctionnement.

  • L'happy end sans friction : à l'inverse, un couple qui s'entend sur tout dès la première rencontre, sans jamais un désaccord de fond, une différence de rythme, une peur qui resurgit... le lecteur n'a alors rien à espérer, rien à craindre, donc rien à quoi s'accrocher émotionnellement.

  • L'équilibre à viser, en exemple : vos deux personnages s'aiment sincèrement, mais l'un·e veut s'installer en province pour se rapprocher de sa mère malade, l'autre a construit toute sa vie professionnelle en ville. Un vrai obstacle, sans qu'il ait besoin d'être dramatique ou traumatique pour créer de la tension.


Construire l'alchimie avant le contact


La tension romantique se construit bien avant la première scène d'intimité, et c'est souvent là que les manuscrits perdent en puissance: soit en allant trop vite, soit en multipliant les scènes sans vraie progression émotionnelle entre elles.


Exemples de micro-moments qui construisent l'alchimie : une scène où les mains se frôlent en attrapant le même objet, un silence qui devient inconfortable de la bonne façon, un détail remarqué sans oser le dire à voix haute (un tatouage, une façon de rire). Ce genre de petits moments, bien dosés, vaut souvent plus qu'une déclaration précipitée.


Le corps et l'intimité, avec justesse


Quelques repères, valables quelle que soit la configuration de votre couple :


  • Restez dans le point de vue de vos personnages plutôt que dans un regard extérieur qui les objectifie. Si votre narration s'attarde sur le physique d'un personnage dès qu'il entre dans une pièce, avant même d'avoir établi sa personnalité, c'est souvent un réflexe à repenser.

  • Ne bâclez pas la montée en tension en pensant que "l'important, c'est la scène". Le lecteur retient souvent davantage l'attente que le moment lui-même.

  • Documentez-vous en lisant d'autres romances dans le sous-genre que vous visez (historique, contemporain, romantasy...), chacun ayant ses propres codes d'intimité et de rythme.


Un point spécifique si vous écrivez une romance queer (FF, MM, ou autre) : évitez de faire reposer toute la tension narrative sur le seul fait que vos personnages découvrent ou cachent leur orientation. Ce ressort peut être sincère et touchant s'il est bien amené, mais s'il est le seul moteur de votre intrigue, l'histoire risque de s'essouffler vite. L'orientation peut faire partie du décor émotionnel sans en être l'unique mécanique.


Le meilleur test : votre histoire tient-elle sur autre chose que la nouveauté ?


Un bon exercice, quelle que soit la configuration de votre couple : si vous changiez un élément identitaire de vos personnages (le genre, l'orientation, l'origine sociale), est-ce que l'histoire resterait intéressante ? Si oui, c'est le signe qu'elle repose sur une vraie mécanique narrative — enemies-to-lovers, slow burn, retrouvailles — et pas uniquement sur ce qui rend vos personnages différents du couple romantique par défaut. C'est souvent ce qui distingue une romance qui reste en mémoire de celle qu'on oublie une fois refermée.

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