top of page

ReZet

Aurélien Benoilid

20.5 €

SCIENCE-FICTION

CHAPITRE 1

Octobre 2036, Jéricho

Et le soleil se leva dans une aube éclatante.
Balayé par les vents, Emmett frissonnait. Il était arrivé au bout du chemin. Du haut de ses treize ans, il ne craignait pas la mort. Il était simplement par avance nostalgique de la vie.
Pour que l’illusion soit parfaite, il mit sur ses oreilles son vieux casque audio aux coussinets crevés. Qu’à cela ne tienne, les premières notes de Stairway To Heaven brisèrent le silence. Il aurait adoré, ne serait-ce qu’une seule fois, tenir entre ses mains, une guitare et sentir sous la pulpe de ses doigts, la tension douloureuse d’une corde en nylon.
L’air était frais, les étoiles, presque éteintes et le ciel bleu marine, parsemé de mèches pourpres. Emmett avait l’impression que John Paul Jones et Jimmy Page s’étaient assis près de lui, pour voir les braises de la nuit crépiter puis mourir.
Il ferma les yeux. Elle était toujours là, derrière ses paupières closes, monumentale, vertigineuse, vibrante. Il aurait pu rester là, figé dans la contemplation, jusqu’au dernier moment. Toutes les merveilles du monde réunies ne valaient rien à côté d’elle. Mais Emmett voulait encore profiter de la vie. La boire jusqu’à la lie. Alors, il rouvrit les yeux.
Le soleil, imperceptiblement, avait continué sa course, traçant à la sanguine des silhouettes lascives. Au loin, les dunes du désert formaient dans un jeu d’ombres et de lumières, d’infinies arabesques.
John Paul Jones prit sa flûte à bec et doubla la guitare de Jimmy Page. Emmett avait choisi pour l’occasion d’écouter Stairway To Heaven, dans une version analogique, du type de celle que l’on gravait sur une galette en vinyle. Le son y était tellement sale et parasité que même le silence semblait rempli de bruit. Le son du silence. Le jeune homme se souvint du visage de sa mère, assise dans sa bibliothèque, buvant un verre de vin en écoutant des disques.
Bercé par la musique, il porta son regard vers la ville, cent dix-huit étages plus bas. Une ville bien étrange. La première et la dernière. La dernière et la première.
Emmett aurait pleuré si Robert Plant n’avait pas choisi ce moment précis pour passer un bras autour de ses épaules et se mettre à chanter. « There's a lady who's sure. All that glitters is gold. And she's buying a stairway to heaven. » Cela le consola un peu. Il s’étira et sentit ses vertèbres craquer. Il avait mal partout. Les dernières semaines avaient été éprouvantes. Pris d’un vertige, il faillit tomber. Son cœur ralentissait. Bientôt, il cesserait de battre. Il eut encore la force de caler son sac à dos derrière sa tête et de s’allonger. C’est dans cette position qu’on me retrouvera mort. Le ciel était encore plus magnifique que l’instant d’avant. Les rares nuages se teintaient d’un dégradé de gris allant du plomb à l’or. C’était son moment préféré, lorsque la batterie entrait en scène après plus de quatre minutes de guitare, de flûte et de chant.
Pourvu que je puisse encore écouter le solo !
Quelque part, vers la fin de ce dernier, son cœur s’arrêta. Emmett empruntait maintenant l’escalier qui le mènerait au paradis.
Reset.
bottom of page