Retours Atelier #2


Merci beaucoup à celles et ceux qui ont participé à cet atelier, vos textes étaient vraiment tous très différents, c'était intéressant !

Voici les textes avec nos retours. :-)


#1 – Oriane Wrobel a pioché le mot "Cigogne"


— Il est… original.

Les heureux parents dévisagèrent leur marmot livré sur mesure par la compagnie de cigognes du coin. Lorsqu’ils avaient commandé, le produit final ne ressemblait pas à ce qui se tenait sous leurs yeux : un unique oeil, de longs poils bruns, une langue bleue effilée et un nombre de bras conséquents sur un être de la taille d’un immeuble de quatre étages. Ce n’était pas exactement ce qui était prévu. Le père s’éclaircit la voix.

— C’est que… Vous êtes certain qu’il n’y a pas eu d’erreur lors de sa conception ? Vous étiez censé utiliser nos deux sangs pour le concevoir. Il n’est pas un peu… grand ?

— La machine est encore imparfaite. L’enfant peut aussi ressembler à vos grands-parents, affirma la cigogne d’une voix brossée pour le marketing. Il n’y a aucune erreur possible. La machine est parfaite.

L’enfant gazouilla pour confirmer ses dires. Sa voix fit trembler les murs de leur petite maison de campagne. Le père passa une main sous son col couvert de sueur. Il échangea un regard entendu avec sa femme : un être pareil dans la famille, même pas en rêve !

— Bon, écoutez, si je vous paie le double, vous le remballez et vous le faites disparaître.

— Je ne comprends pas l’objet de votre demande, cracha la petite enceinte accrochée au cou de l’oiseau. Une fois touchée, la marchandise ne peut être remboursée.

— Mais je n’ai jamais voulu ça !

La cigogne haussa les épaules et tourna les talons. Pas son problème. Ses majestueuses ailes décollèrent du sol et elle disparut en quelques secondes derrière les nuages.

— Papa, Môman, dit le “bébé” d’une voix profonde.

Sa bouche s’étira d’un grand sourire, révélant deux rangées de dents aiguisées de la taille d’un réfrigérateur. Il prit de l’élan et, sous leurs yeux horrifiés, décolla du sol dans l’objectif de leur faire un câlin. Le bébé s’écrasa sur eux. Sous le choc, la maison s’écroula comme un château de cartes.

L’histoire ne dit pas si les parents ont été retrouvés, ni si la cigogne a fini par rembourser le bébé.


Retours :

Contrat rempli ! 1992 caractères espaces compris, on est presque sur un « Perfect » Le texte est vraiment drôle et original, la phrase d’accroche nous met tout de suite dans le bain. Les descriptions sont d’ailleurs très parlantes et on voit bien à quoi pourrait ressembler ce monstre, pardon, ce bébé. 😉 En plus de ça, c’est bien écrit, il n’y a pas de fautes de français ou de maladresses dans la conjugaison. Donc merci pour ce texte qui m’a bien fait rire !





#2 – Karelle a pioché le mot « Jour »


C'était la nuit. C’était l’hiver.

Elle rentrait chez elle, passant par une rue fréquentée, quand un mouvement attira son regard. Un petit garçon était couché là, sur le trottoir, s'agitant dans son sommeil. Un miséreux. Elle s'arrêta devant sa mère et lui, les observant avec attention. Elle avait de la peine pour eux.

Le garçon, en proie à un cauchemar, se réveilla en sursaut, la faisant reculer d’un pas. En la voyant, il ouvrit des yeux ronds, surpris de trouver quelqu'un face à lui à son réveil. Elle était aussi surprise que lui, à voir la façon dont son regard restait fixement attiré par la maigreur de ses joues et les cernes noires sous ses yeux. Lui, au contraire, semblait envieux de ses vêtements chauds et du paquet de gâteaux sortant de sa poche. Alors, sans un regret, elle le lui donna. Le petit garçon écarquilla les yeux de plus belle. Décidément, cette nuit n’était semblable à aucune autre.

Il s’empressa d’ouvrir le paquet, impatient de goûter un des gâteaux qu’il renfermait. Mais soudain, il parut moins pressé et jeta un regard à sa mère, dormant profondément près de lui. La jeune femme, sentant son hésitation, désigna la couverture sous laquelle dormait la mère du petit :

– Vas-y, réveille-la. Elle pourra dormir plus tard.

Le garçon pesa encore le pour et le contre quelques instants avant de secouer doucement l’épaule de sa mère. Cette dernière se releva en sursaut, comme son fils avant elle. Elle l’interrogea du regard, se demandant ce qui n’allait pas. Pour toute réponse, le garçon lui tendit le paquet. La mère le prit délicatement puis son regard oscilla entre son fils et la jeune femme debout face à eux, qui leur souriait. Elle croqua alors doucement dans un gâteau, se demandant depuis combien de temps elle n’avait pas mangé. Elle se privait constamment pour son fils.

Puis elle regarda à nouveau la jeune femme, quand celle-ci lui tendit la main avec un sourire.

– Je vous invite, madame.

Dehors, le jour se levait.


Retours :

Contrat rempli ! On est à 1955 caractères espaces compris. L’utilisation du mot est assez intéressante puisque tu prends le contrepied, en utilisant la nuit, et fais donc du jour un message positif, une lueur d’espoir après l’obscurité de la rue, dirons-nous, pour être poétiques. 😉 Quelques petites erreurs de français, « cerne » est masculin par exemple. Sinon, le texte, malgré son thème, ne verse pas trop dans le pathos, ce qui est une bonne chose, même si nous n’en sommes pas loin de temps en temps. Pour éviter cela, il vaut mieux insinuer certains éléments plutôt que d’insister : pour mieux illustrer mon propos, « Un miséreux. » n’est pas nécessaire par exemple, tout comme « Elle se privait constamment pour son fils » car c’est sous-entendu dans la phrase d’avant. 😊





#3 – Aurélie Laporte – Miss choco a pioché le mot « Insulte »


Je retire mes lunettes et les pose sur mon sous-main en cuir, vieilli par le temps qui défile. Je frotte mes yeux fatigués au point de laisser sur mes rétines cette nuée de points noirs désagréable. Je m’étire alors de tout mon saoul, les bras en l’air comme si cela pouvait me faire gagner, encore, des centimètres. Mes mains viennent s’égarer dans ma chevelure brune dans une tentative de massage. Mon corps et mon esprit se vident dans un soupir qui n’a rien d’un soulagement. Je me lève et entame un va-et-vient. Mes pas martèlent le parquet de mon bureau encombré par des feuilles volantes et orphelines, des piles de livres qui ne trouveront jamais de place dans ma bibliothèque surchargée. Mes pas sont censés me mener vers une solution ou tout au moins une partie. Mes chuchotis, la plupart incompréhensibles, me donnent l’air d’une folle.

Je dois absolument rendre mon papier, demain. Le sujet : l’insulte. Si je voulais faire comme les autres je parlerai sans doute de sujets plus ou moins tendancieux. Les insultes dans la rue. Les insultes homophobes. Les insultes raciales. Les insultes d’enfants. Les insultes d’adultes. Les insultes publiques. Les insultes intimes. Les insultes médiatisées. Les insultes sont larges et variées. Elles choquent, rabaissent, blessent, irritent, entraînent des coups et d’autres insultes et souvent elles se perdent dans le silence. Méchanceté gratuite, ignorance, prise de pouvoir, son origine est diverse et son but est intolérable. Est-ce-que le monde serait meilleur sans ses mots ignobles ? Sans aucun doute. Insulter est le seul moyen de nous faire comprendre et de nous faire entendre ?

Les idées fusent au rythme de mes pas. J’aperçois enfin mon plan de rédaction. Je me dirige vers la fenêtre et l’ouvre. J’offre mon visage au soleil, fermant les yeux, savourant cet instant unique où ma pensée s’organise. J’ouvre enfin mes yeux, décidée et sereine, concédant mon plus beau sourire à quiconque le verra.


Retours :

Contrat rempli ! Il y a 1957 caractères espaces compris. Pour ce qui est du texte, on met du temps à entrer dans le vif du sujet. Au début, on a du mal à voir où tu veux en venir en sachant que le mot que tu as pioché est « Insulte ». Étant donné que le nombre de caractères est limité, il vaut peut-être mieux ne pas s’attarder sur le contexte et trouver une histoire qui traite le thème dès le début. D’ailleurs, je trouve un peu dommage d’avoir traité le sujet avec cet angle, ça donne l’impression que tu as choisi la facilité au lieu de l’originalité. Le personnage aurait pu réagir à une insulte reçue, se demander ce qu’elle aurait pu répondre etc, ce qui aurait justifié toute cette réflexion du début. Pour autant, tu as plutôt bien écrit malgré quelques maladresses de construction et 2-3 fautes d’inattention.





#4 – MonaValney a pioché le mot « Poisson »


Quand on m'a offert OrangeJuice, je suis resté dubitatif devant le sachet rempli d'eau dans lequel il flottait mollement ; il paraîtrait que ça porte-bonheur, un poisson rouge. Rien que sur la couleur déjà, il y avait tromperie : j'ai eu beau scruter ses écailles, je le voyais orangé. À la rigueur jaunâtre ou saumon, mais sûrement ni rouge ni or, comme les anglophones.

J'en étais malade qu'on m'impose la responsabilité de cet être innocent. Alors, pour éviter qu'il ne tourne trop en rond, je lui ai aménagé un volumineux aquarium rectangulaire, lui ai érigé un château digne de l'Atlantide et planté un jardin aquatique pour agrémenter ses promenades. Surtout, chaque jour, pour faire voyager mon poisson hors de son injuste prison, je lui racontais les merveilles du monde, la beauté des océans et la richesse des fonds sous-marins.

Un soir, lorsque nos regards se sont croisés, j'ai aperçu un éclat fugace illuminer ses yeux proéminents. De chaque côté de la vitre, j'ai alors compris qu'on était sur la même longueur d'onde.

Mais ce matin, mon cœur se serre. J'ai trouvé OrangeJuice gisant sur le plan de travail. Il avait sauté par-dessus bord, pour un ailleurs. Certains y verront sans doute un banal suicide ichtyen. Moi, je veux croire qu'avec mes histoires, j'ai su lui insuffler le goût de l'aventure, l'envie et la curiosité d'aller découvrir le monde. Malgré moi, je lui avais donné l'impulsion vers des rêves de liberté. Je pense qu'il est mort heureux, il avait encore des étoiles dans les yeux.

Ironiquement, c'est par sa mort que mon poisson porte-bonheur a changé ma vie. Il suffisait d'oser, comme ça, un matin. Braver la peur et s'échapper des cercles hypnotiques de la routine pour aller vers ses rêves, en confiance, au-delà des obstacles. Sauter vers l'avenir, comme un poisson, sans trop réfléchir.


Retours :

Contrat rempli ! Ton texte fait 1823 caractères espaces compris. Ton texte est vraiment drôle, même la fin, qui pourrait être émouvante, prête plutôt à sourire tant tout est exagéré. Tu as quand même réussi à partir du mot « Poisson » pour écrire un texte contenant un message positif sur la liberté, et ça, il fallait le faire. 😉 Je ne peux donc que saluer l’originalité de ton histoire, sa chute, ainsi que ton écriture qui est agréable à lire. Tu as réussi à faire une nouvelle en moins de 2000 caractères, donc félicitations !





#5 – Matteus a pioché le mot « Élevage »


Corps caverneux injectés de sang. Excitation. Le souffle de Marguerite. Ses yeux au travers de ses longs cils. Sa chaude langue glissante. Veines dessinées et gonflées. Monter. Descendre. Du sommet vers la base. Quelques mouvements. Le liquide coule, glisse, s’écoule tout doucement. Gicle brusquement, par à coup. Elle tient l’habituel tube à essai de récolte, mais aujourd’hui, elle pleure. Dernière preuve d’amour.

Eric sait qu’en voyant la porte se refermer, c’est la dernière fois. La dernière fois qu’il voit Marguerite, sa Marguerite. Il peut entendre son sabot toucher le métal et glisser le long de la rampe à l’extérieur du bâtiment. Elle le laisse là, seul avec les autres. Mais il sait qu’elle ne veut pas le laisser, lui. Cela faisait des années qu’ils se connaissaient. Les laborantins étaient rarement remplacés donc lui et les autres savaient à quelle sauce ils allaient être mangés. Comme tous les autres, Eric était stocké à moitié debout, nu. Dans son tube, transparent, un trou au niveau du sexe. Des couloirs de tubes humains. Il fallait récolter leur semence ; le liquide de la création. Depuis que les vaches avaient pris le pouvoir sur les hommes, les humaines avaient été éradiquées et les hommes étaient sélectionnés selon leur potentiel de mal reproducteur. Chaque facteur génétique était étudié. L’entrepôt dans lequel ils étaient tous stockés étaient maintenant vide. Il ne restait que les hommes du secteur B2 et cette odeur d’herbe digérée et re-digérée. Elles ne pouvaient s’empêcher de se purger dans un local aménagé. Cette section avait été suffisamment cultivée et était maintenant périmée. Il fallait laisser la place à de nouveaux donneurs plus vigoureux. Mais Marguerite revient en pleurant, m’injecte un liquide bleu. Je m’endors à jamais. Marguerite, malgré son amour, ne pouvait désobéir et transporta Eric en dehors de l’entrepôt. Elle ne pouvait en choisir qu’un. Eric se retrouva conditionné sous vide, haché pour régaler le client qui commande les hommes-esclaves.


Retours :

Contrat rempli ! Tu as écrit 1988 caractères espaces compris. L’originalité de ton texte est que tu traites du thème sans jamais citer le mot pioché ce qui, finalement, fait une contrainte de moins et t’a donné une plus grande liberté dans l’écriture. Parlons-en de cette liberté ! Les vaches qui prennent le contrôle, ok, pourquoi pas. Mais il faudra m’expliquer à quel moment leurs gènes sont devenues tellement étranges qu’elles peuvent dorénavant s’accoupler avec hommes. 😉 La fin est plutôt drôle, j’aime bien cette inversion des rôles. Par contre, on ne comprend pas très bien, qui est le client qui commande les hommes-esclaves ? Les vaches elles-mêmes ? Ou il y a d’autres survivants que nous ne connaissons pas ?

Sinon, ton texte contient quelques petites erreurs, notamment des fautes d’orthographe qui semblent être plutôt des erreurs d’inattention. Aussi, tu changes de point de vue à la fin en passant de la 3e personne au point de vue interne d’Éric : « Mais Marguerite revient en pleurant, m’injecte un liquide bleu. Je m’endors à jamais. » donc fais attention à ça. Sinon, je n’ai pas d’autres remarques, à part que ce mot t’a visiblement bien inspiré !





#6 – Grégory Desseaux a pioché le mot « Lianes »


Dans la moiteur de la jungle africaine, les balles crépitaient sous un feu nourri. Les arbres gigantesques encaissaient les projectiles dans une explosion de particules d’écorces. A l’avant du véhicule militaire bringuebalant, Bill Welch ajustait son fusil à travers la vitre baissée de la portière. Soudain, le camion décolla brutalement de la colline, et lorsqu’enfin les pneumatiques touchèrent à nouveau le sol, Bill jeta un regard noir au conducteur.

« Fais gaffe nom de Dieu ! je ferai jamais mouche avec une conduite pareille ! - Et si je ralentis, on le perdra… Non mais c’est qui ce type ? »

Bill Welch tourna derechef la tête vers sa cible.

« Aucune idée, mais on doit absolument récupérer ce diamant, alors hors de question de le laisser filer. »

Tarzan se mouvait tel un grand singe, sautant de liane en liane pour échapper à ses ennemis. Les balles sifflaient fréquemment tout autour de lui, mais sa grande vélocité dans ses déplacements était un atout considérable. Le camion, qui roulait en parallèle, adaptait sa vitesse en fonction des mouvements de l’homme singe, et à présent, vingt mètres seulement les séparaient. Welch rechargea son fusil et cala de nouveau l’arme contre son épaule. Mais Tarzan restait toujours aussi difficile à atteindre. Et brusquement, Bill se tourna vers le conducteur.

« Accélère, Gordon ! - Accélère ? Mais faudrait savoir ! - Prends juste un peu d’avance.

Le pied sur l’accélérateur, l’intéressé lança le véhicule à pleine vitesse sur la piste accidentée. Le camion doubla Tarzan comme une fusée en envoyant un nuage de poussière tandis que les deux militaires à l’intérieur étaient à deux doigts de se percuter à chaque oscillation.

« Stop ! » hurla Welch.

Lorsque le camion pila après avoir chassé de l’arrière, le tireur quitta précipitamment la cabine. Bill s’agenouilla, ajusta son fusil, puis visa l’homme singe qui fonçait droit sur lui. A présent, l’angle de tir était parfait...


Retours :

Contrat rempli ! Il y a 1964 caractères espaces compris. Ton texte nous plonge directement dans l’action et on voit directement le lien avec le mot que tu as généré grâce au contexte que tu introduis dans le premier paragraphe. Les dialogues sont bien placés et tu as eu le temps de construire une véritable histoire en quelques caractères, ce qui n’est pas simple. Tu as bien réussi à faire ressentir le suspens et le stress de la situation dans tes descriptions, notamment grâce au rythme et à l’enchaînement des actions. Tout ça donne un effet « film d’action » et est agréable à lire car tout est très fluide. Reste à savoir si Tarzan survit finalement ou non… 😉




Voilà pour nos retours !

Le prochain exercice sera publié Mercredi 5 Février !

À très vite !



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