top of page

La Morsure du Serpent

Camille de Decker

16 €

POLAR/THRILLER

OLIVER AVEC UN TWIST

Dire que la vie du jeune Colin fut difficile serait encore loin de refléter la triste vérité. Orphelin dès la naissance, le jeune garçon avait, par la suite, continué à jouer de malchance.
Son premier orphelinat, dans lequel il avait passé ses cinq primes printemps, avait pris feu un 23 décembre, laissant plus d’une cinquantaine d’enfants sans toit pour les fêtes. Son deuxième lieu d’accueil, quant à lui, ne l’avait recueilli que pour quelques mois, avant d’être fermé par la police pour quelques « malversations financières », mais celui-là, il ne le regretta pas.
Car au cours de ses différents séjours, Colin avait côtoyé la violence, la famine, le froid, la maladie et la colère. Et c’était justement cette dernière qui l’avait aidé à tout endurer. À rendre les coups que les autres lui infligeaient, à prendre sur lui lorsque les adultes se défoulaient, à faire abstraction de la faim dévorante, du froid mordant et des quintes de toux qui faillirent l’emporter. Une colère profonde et puissante, enfouie en lui, lovée en son cœur et dont il pensait ne jamais se défaire. L’enfant en voulait au monde entier. Tous étaient responsables de son sort, de la disparition de ses parents et de sa vie misérable.
Il en était persuadé.
Et lorsque son troisième orphelinat ferma, lui aussi, à la suite du décès de son principal donateur lors d’une attaque sanglante à l’église Sainte-Geneviève, il fut persuadé, du haut de ses sept ans, que le monde était bel et bien pourri.
Pourtant, notre jeune pessimiste fut vite détourné de sa triste opinion sur ses contemporains et sur les quelques années qui lui restaient encore à vivre, lorsqu’il fut accueilli dans son quatrième orphelinat. Celui-là, à dire vrai, n’avait rien de comparable aux précédents : spacieux, propre et empli de rires, il dénotait.
Les trois premières semaines furent, à n’en pas douter, les trois plus belles de la vie de Colin. Le jeune garçon s’était fait des amis, mangeait à sa faim, avait été soigné et recevait, tous les soirs, avant d’aller dormir, comme il était de tradition là-bas, un câlin de la part d’un adulte. La colère, qui l’avait toujours accompagné où qu’il aille, ne l’avait plus mordu et il s’était même surpris à rêver d’une vie de famille. Sa famille. Celle qu’il se créerait, qu’il nourrirait, qu’il défendrait et qu’il ferait prospérer, à l’image d’autres anciens pensionnaires venus leur rendre visite.
Colin en était désormais convaincu, il avait enfin trouvé sa place.
Malheureusement, la vie, ou le destin, appelez cela comme bon vous semble, avait prévu d’autres ajustements plus drastiques.
Gisant aux pieds d’un enfant qu’il n’avait jamais vu auparavant, inanimé, sur les berges du fleuve, le jeune Colin allait rapidement trouver sa nouvelle place sur l’une des tables de la morgue, rattachée au commissariat principal.
Une fin malheureuse lorsque l’on sait qu’une famille aimante lui aurait sans doute ouvert son foyer.
Dommage, n’est-ce pas ?
bottom of page