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Les Vagabonds

Florie C.

22 €

DYSTOPIE

PROLOGUE - LA DÉFINITION

Année 2080, quelque part dans le nord de l’ancienne Italie

Il a des flammes dans les yeux. De l’or qui se reflète dans ses pupilles, embrasant son regard. Son corps danse au rythme des derboukas, ses pieds nus glissent dans le sable froid de la plage qui borde le lac. Le feu s’élève dans le ciel noir parsemé d’étoiles et ses bras semblent s’étirer bien plus haut, ses mains tourbillonnant dans les airs comme pour attraper ces morceaux d’astres. Ses cheveux blonds lui tombent un peu sur les yeux, mais il s’en fiche. Ses paupières sont closes, seule la musique le guide. Sa chemise bleu ciel est entrouverte, dévoilant son torse bronzé par le soleil. Mon regard glisse jusqu’à sa taille, ses hanches disparaissent sous un pantalon en toile beige, mais l’ondulation de son bassin laisse peu de place à l’imagination. Priam se pince les lèvres, enivré par la plénitude du moment. Le tableau est parfait. Grandiose.
Je me laisse tomber dans le sable, étourdi, mon visage rivé sur l’immensité céleste, le vent qui souffle dans les arbres à quelques mètres de là semble murmurer à mon oreille. Je ne sais pas ce que ces gens nous ont fait fumer, mais peu importe. Je suis loin des kilomètres parcourus de ces trois derniers mois, de la faim, de la soif, des mauvaises rencontres. Il y a des rires, des baisers, des mots inconnus que même Priam ne connaît pas. Enfin, il en reconnaît quelques-uns, mais ils sont plus chantants que notre langue ancienne.
Le groupe danse joyeusement autour du feu. Une quinzaine de personnes rencontrée plus tôt dans la journée, alors que nous nous baignions dans le lac. Ils ont tous des cheveux interminables, leur tombant jusque dans le bas du dos… Pourquoi ? Je l’ignore et je ne leur poserai pas la question. Nous ne les connaîtrons que pour la nuit, peut-être un peu plus. Deux, trois jours ? Une semaine maximum. Nous venons et nous partons, jamais d’arrêt. C’est le principe. On trace, à travers les lieux, à travers le temps. On file sans jamais se retourner.
Nous ne sommes pas les seuls à vivre de cette manière. On en a vu d’autres sur notre route. Des solitaires ou des petits groupes qui parcourent le monde. Ils refusent la sédentarisation, préférant l’inquiétude de l’inconnu à l’ennui du trop connu. Pourtant, la Nouvelle Société est toujours là, pas loin. Parfois, nous croisons des camions militaires ou nous interceptons leurs messages à la radio. Ils font autant de bruit qu’avant, sauf que maintenant on ne les écoute plus. On les ignore. Eux, par contre, ils ont trouvé un mot pour les gens comme nous. La Nouvelle Société trouve des mots pour tout, ça la rassure. La définition donne de la consistance aux choses et rien ne fait plus peur aux hommes que ce qui ne peut être dit. Ainsi, on nous appelle les vagabonds.

Vagabond :
Qui erre çà et là.
Sans ordre, inconstant, changeant.
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