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Règle n°1 : Ne pas tomber amoureuse de l'autre témoin
Samantha Feitelson
20 €
ROMANCE FF
UNE NOUVELLE INATTENDUE - LUCIE
La porte d’entrée à peine fermée, j’enlève mes Converses et prends le temps de les ranger, avant de me diriger tout droit vers le salon. Là, j’ouvre mon ordinateur posé sur la table basse et me connecte au lien Google Meet que Corentin m’a envoyé un peu plus tôt. Je suis la première à avoir rejoint la conversation. En attendant les autres, je décide de me préparer un thé pour me réchauffer. Le froid hivernal est tombé d’un coup ces derniers jours, et j’ai l’impression de passer mon temps à grelotter. À tel point que je songe presque à apporter une bouillotte au travail pour me tenir chaud.
Je verse un nuage de lait d’avoine dans ma boisson quand des voix se font entendre depuis le salon, signe que la réunion a démarré. Je retourne sur mon canapé, ma tasse préférée entre les mains, enroulée dans un plaid pour compléter le look « je suis frigorifiée, j’aimerais mieux être sur une île tropicale, là maintenant ».
— Ah ! Voilà Lucie ! s’exclame Corentin en me voyant apparaître. Il ne manque plus que Charlie, et on pourra commencer !
Je souffle légèrement sur le liquide chaud et m’enfonce un peu plus dans le sofa, observant la mosaïque de visages à l’écran. La bande de potes habituelle est là, ainsi que Susanne, la compagne de Corentin depuis quelques mois. Quelques personnes me sont inconnues ; j’imagine que ce sont des amis à elle. Une chose nous unit tous en cet instant : nous n’avons aucune idée de la raison pour laquelle nous avons été conviés ce soir. Au bout de quelques secondes, une nouvelle tête apparaît. Sa chevelure rousse ne laisse aucun doute : c’est bien la sœur de Susanne, ou « Susie », comme l’appelle tendrement Corentin.
— Ah ! Voilà la dernière ! s’exclame-t-il avec enthousiasme. Parfait, on va pouvoir commencer ! Si Susie et moi vous avons demandé de faire cette visio, c’est parce qu’on a une grande nouvelle à vous annoncer.
Un léger roulement des yeux m’échappe en entendant encore une fois ce surnom mièvre. J’apprécie beaucoup Susanne, ce n’est pas le problème. Mais le nouveau Corentin – ce chamallow –, j’ai du mal. Il n’a jamais été aussi sentimental avec ses précédentes copines, et le voir ainsi… c’est juste étrange.
— Vous allez être surpris, peut-être même nous prendre pour des fous, mais on espère surtout que vous serez contents pour nous…
Là, c’est clair, l’étonnement se lit sur mon visage. Ils viennent à peine d’emménager ensemble ! J’ai encore des courbatures après les avoir aidés à déplacer tous ces cartons ! Alors, quelle annonce spectaculaire peuvent-ils bien avoir ?
Ne tenant plus face au suspense que fait durer Corentin (il adore ça, depuis toujours), Susanne s’avance pour occuper plus d’espace à l’écran et, d’une voix aiguë qui tranche un peu trop avec l’ambiance, s’écrie :
— On va se marier ! Dans deux mois !
Elle bondit littéralement sur son siège, sans même remarquer qu’elle bouscule Corentin à côté d’elle. De mon côté, impossible de réagir. Immobile, le choc me cloue sur place.
Comment ça, ils vont se marier ? Et comment ça, dans deux mois ?
— Deux mois ?! s’écrient plusieurs de nos amis.
Mes yeux sont attirés vers le bas de l’écran, là où une chevelure rousse s’agite en tous sens. Tandis que tout le monde s’exclame dans une cacophonie digne d’une basse-cour, j’observe la cadette de Susanne, dont la tête baissée cache une partie de la caméra.
— Et mince ! C’est pas possible !
Un sourire étire mes lèvres. Au milieu de tout ce brouhaha, c’est la voix de la sœur de Susanne qui ressort par-dessus les autres.
— Bon sang, mais y a pas à être aussi débile !
Je suis d’accord avec elle, mais je n’aurais jamais osé le dire à voix haute. Corentin et Susanne sont ensemble depuis quelques mois seulement, c’est bien trop tôt pour se marier. Je ne comprends pas leur décision, mais jamais je ne me permettrais de le dire de cette façon.
Tandis qu’elle continue de proférer des insultes à tout va, toutes les personnes présentes se taisent et l’observent. Si certains ont envie de rire, comme moi, d’autres écarquillent les yeux d’effroi.
— Un pull tout neuf en plus, Charlie !
Ou peut-être que ses exclamations n’ont rien à voir avec la nouvelle qui vient de nous être annoncée ?
Dommage.
Prenant sûrement conscience du silence, Charlie relève la tête et découvre tous les regards fixés sur elle.
— Euh… Je… J’ai…
Ses joues prennent aussitôt une couleur rouge pivoine et j’ai de plus en plus de mal à me retenir de rire. D’accord, sa réaction n’était pas due à ce que je pensais, mais la situation n’en est pas moins drôle. Franchement, ça aurait tout à fait pu m’arriver. Et, pour une fois que ce n’est pas le cas, c’est rafraîchissant.
— J’ai renversé mon verre de coca sur mon pull tout neuf, explique-t-elle finalement en pointant sa poitrine du doigt.
Et en effet, le vêtement – qui devait être d’un blanc pétant – arbore maintenant une magnifique tâche marron.
— T’es pas possible, Charlie…, soupire Susanne en secouant la tête.
À ses côtés, Corentin fait de son mieux pour ne pas éclater de rire, mais ses épaules qui tressautent le trahissent. Il n’est pas nécessaire d’être devin pour savoir que, dans trois, deux, un… il va craquer.
Et bingo ! Le voilà qui s’effondre, s’attirant un regard noir de sa fiancée.
Fiancée ? Vraiment ?
C’est sûr, il va me falloir un peu de temps pour m’habituer à cette idée.
— Corentin, tu ne peux pas garder ton sérieux deux minutes ?
Mais son rire est contagieux. Peu à peu, tout le monde se laisse emporter, jusqu’à ce que même Susanne n’ait d’autre choix que de nous rejoindre.
Les minutes passent dans un fou rire collectif où il est impossible d’aligner deux mots. Finalement, c’est Charlie qui reprend son sérieux la première.
— Je suis désolée d’avoir gâché votre annonce… Mais je suis super contente pour vous deux !
— Tu n’as rien gâché du tout, Charlie. Au contraire, tu as rendu ce moment encore plus mémorable ! Maintenant, on se souviendra tous de l’annonce de notre mariage avec cette fameuse tâche de coca, plaisante Corentin.
Ils sont bien mignons, tous les deux, mais quand même… Deux mois ! C’est un peu précipité, non ?
— Et, euh… pourquoi deux mois ? finis-je par demander.
Corentin me lance un sourire, visiblement amusé. Il devine sans difficulté ce qui me traverse l’esprit. Je ne suis pas du genre à tout planifier au millimètre près – j’aime l’improvisation et la spontanéité – mais organiser un mariage en deux mois ? Rien que d’y penser, j’en ai des sueurs froides. Pourquoi se précipiter après seulement six mois de relation ? Moi, jamais je ne ferais un truc pareil. Ce serait bien trop rapide. Et puis, comment tout programmer en si peu de temps ? Sans compter que la moitié des invités doit déjà avoir quelque chose de prévu ce week-end-là.
Susanne se tourne vers Corentin, lui adressant un sourire auquel il répond par un autre, débordant de tendresse. C’est fou, cette manière qu’elle a de le transformer. Je veux dire, ce n’est pas de la jalousie. Ça a toujours été une amitié sincère entre lui et moi. Il est mon meilleur ami, celui qui m’a vue dans les pires galères, celui que j’ai aidé quand il traversait des moments de crise. D’aussi loin que je m’en souvienne, on se soutient. Mais parmi toutes les facettes que j’aime de lui, celle-là, je ne l’avais jamais aperçue. Et je ne peux m’empêcher de trouver ça un peu étrange. Je croyais le connaître par cœur, comme le frère que je n’ai jamais eu, mais voilà que je découvre des aspects de lui que j’ignorais complètement.
— En fait, reprend Susanne, interrompant le fil de mes pensées, Corentin m’a demandée en mariage hier soir, et j’ai tout de suite accepté.
Bien sûr. Qui dirait non à un mec qui fait ça après uniquement six mois ? Suis-je vraiment la seule à trouver ça précipité ?
— Et, continue mon meilleur ami, pour rire, on s’est mis à regarder un peu sur Internet des lieux possibles.
— On est tombés sur le site d’une petite chapelle super charmante, pas loin de Londres, complète Susanne.
— En vérifiant les disponibilités, on a vu qu’une date venait d’être ajoutée. Dans deux mois.
— On a eu un coup de cœur pour cet endroit ! C’est exactement ce qu’on veut pour notre mariage. Alors, on a décidé que c’était un signe et on a réservé tout de suite !
Je les écoute, sidérée. Quand je dis que je ne pourrais jamais faire ça, ce n’est pas une blague. Ils ont réservé sans même visiter le lieu ? Mais qui fait ça ? Est-ce qu’ils se rendent compte que ça ne ressemble pas du tout aux photos ? On parle d’un mariage ! C’est censé être unique, alors autant faire ça bien, non ?
Nos amis continuent de les féliciter, tandis que je reste en retrait, déconcertée. Je ne comprends pas. Corentin a toujours eu peur de s’engager. Je pourrais écrire un roman de toutes les discussions que j’ai eues avec ses ex, qui venaient chercher des réponses. Et combien de crises de jalousie j’ai dû essuyer de filles persuadées que j’étais la raison de leurs difficultés avec lui ? Combien de nuits passées à parler pour comprendre pourquoi il n’arrivait pas à s’investir davantage ?
Et maintenant, non seulement il a emménagé avec Susanne – une première pour lui – mais, en plus, il l’a demandée en mariage. Au bout de six mois.
Non, quelque chose m’échappe.
Est-ce qu’elle est enceinte ?
Un silence assourdissant me ramène soudain à la réalité. Je relève la tête et vois tous les yeux braqués sur moi. Techniquement, ils regardent leurs écrans, mais j’ai comme un sixième sens pour deviner ce genre de chose.
Qu’est-ce que j’ai fait ?
— Non, Lucie, je ne suis pas enceinte.
Oh, non.
Est-ce que j’ai pensé à haute voix? Bordel, ça y est. J’ai fini par la faire, ma boulette.
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