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Mist et le Mal du Vide
CRessy
13 €
JEUNESSE
CHAPITRE 1 - LE MAGIETRAM
— Mist, dépêche-toi, le MagieTram va partir sans toi ! s’écrie Maman du bas de l’escalier.
Je lève les yeux au ciel. Saperlipopette, je n’allais certainement pas l’oublier. Je ne veux pas que le MagieTram parte sans moi ! On ne rigole pas avec les horaires des Sorciers.
BLOUC BLOC BLOUC !
— J’arrive ! hurlé-je en dégringolant les escaliers avec ma valise Disney surchargée.
Je vois les sourcils de Maman se froncer, mais je m’en moque. Aujourd’hui est le plus beau jour de ma vie : je retrouve Mamie Biscuit dans le monde des humains. J’ai attendu ça tout l’hiver. Que la neige fonde et que les cours de magie se terminent pour partir à l’aventure dans le monde des sans-magie. Car oui, moi, Mist Vent-en-Pourpre, je suis la plus petite des Sorcières. Et je fais de la magie avec un grand « E », comme disent les adultes. En hiver, je vis à Sorcelia, la capitale des êtres magiques, où je suis des cours de potions et autres pour devenir un jour la Sorcière la plus mignonne de la terre. Maman dit que c’est « puissante », mais pour moi c’est pareil, non ?
— Encore dans la lune ? me demande Maman en mettant mes affaires sur le balai magique.
— Pas cette fois, aujourd’hui je suis avec Eustache, c’est mon nouvel assistant.
Je pointe fièrement mon doigt riquiqui vers ma première invention : Eustache, aussi surnommé « la tache » pour les intimes, mon robot de poche gris à la ferraille toute cabossée. Et deuxième meilleur ami après Rosie, bien évidemment.
— C’est intéressant…
La menteuse, je vois bien à son air perturbé qu’elle ne comprend rien. Ce n’est pas étonnant, les adultes ne sont pas prêts pour les progrès de la science magique.
— C’est pas grave si tu comprends pas. C’est parce que tu es vieille. Mais promis, quand tu seras aussi fripée que mémé Yaga (la plus aigrie de toutes nos voisines), je t’en fabriquerai un à toi aussi.
Elle rigole, mais je ne comprends pas, encore un truc de grand. Je monte sur le balai de Maman, une vieille branche toute fripée. Et je m’attache BIEN, sinon je vais me faire rouspéter. Une fois la ceinture bouclée et Eustache en sécurité, Maman prend le manche et on décolle direction le MagieTram.
La gare du MagieTram est pleine de monde, c’est normal pendant les vacances. Il n’y a pas d’école et tout le monde magique part à l’aventure. La MagieTram, c’est un train spécial pour les Sorciers, qui traverse des tunnels arc-en-ciel et vole au-dessus des nuages. Il est rapide, mystérieux, et parfois, il fait des arrêts surprise au milieu de nulle part. J’essaie encore de percer ses secrets, mais jusqu’ici, je n’y suis pas arrivé.
— Tiens ma manche, Mist, et ne t’égare pas !
Je fais ce que Maman me dit, sinon elle ira encore dire à Papa que je n’écoute rien, même si c’est faux. Je la suis à travers la foule, évitant les balais, petits dragons de compagnie et chapeaux pointus.
— J’aime pas le monde…, je souffle dans ma barbe.
— Moi non plus ma chérie, répond Maman en me caressant les cheveux.
Elle sait toujours comment calmer le feu qui bouillonne en moi. Après une attente trop longue, nous nous glissons dans l’un des wagons. Chaque espace est décoré de runes argentées qui s’illuminent selon les humeurs des Sorciers. Elles brillent en bleu quand on est calme, en rouge si quelqu’un est vraiment furax, et en violet quand il y a plein de Sorciers. Moi, évidemment je tente de faire exprès des blagues pour voir si les runes deviennent multicolores… Je sais ce n’est pas digne d’une apprentie Sorcière, mais je n’arrive pas à m’en empêcher ! Après tout, Maman m’a dit qu’une fois, quand elle était plus jeune, elle avait tellement ri à une blague que la rune était devenue jaune poussin.
— On est dans le Wagon numéro trois Mist, ton préféré !
Maman me fait un clin d’œil complice, elle me connaît bien.
En astrologie magique, le chiffre trois, ça veut dire l’unité. Un peu comme nous : nous sommes une famille, même si Papa a dû rester à Sorcelia pour le travail au ministère. Papa, c’est un grand adulte. Il lit des tonnes de livres et porte des lunettes toutes rondes comme Harry Potter. Il est l’assistant de la Reine du monde des Sorcières et ça, c’est pas rien. J’aurais aimé qu’il soit là, c’est pas grave, ça sera pour la prochaine fois. Enfin j’espère parce qu’il n’est jamais là !
— Tu as pris ton Sorcier Mag, ma chérie ?
La voix de Maman est douce et me sort de mes pensées, elle doit être contente elle aussi de pouvoir retourner chez Mamie Biscuit.
Je hoche la tête positivement en tirant de mon sac à dos le dernier exemplaire du Sorcier Mag. C’est un peu comme le Disney Magazine chez les humains. J’aime bien ce livre. Il y a plein d’histoires rigolotes sur les aventures d’une Sorcière et son familier, ainsi que des rébus de sortilèges et des recettes à faire avec sa baguette.
— Parfait, tu vas pouvoir t’occuper, ça va passer vite, ajoute Maman en me souriant.
Son sourire est comme une cuillère à miel, c’est doux et ça réchauffe le cœur.
Je passe l’heure à m’amuser. Aujourd’hui, l’héroïne du dernier numéro a dû résoudre l’énigme du pot de confiture et combattre des fraises géantes, c’était drôle. Mais après l’effort, c’est l’heure du réconfort et ma magie montre m’indique 4 heures, l’heure du goûter. Parce que pour être costaud, faut bien manger. Je sors ma baguette étoile Animal Crossing de la poche de ma robe et sonne la cloche du wagon.
PLOUF !
Et c’est là que mademoiselle Lulu apparaît dans un nuage de paillettes et de confettis. Mademoiselle Lulu, c’est la gardienne et pâtissière du MagieTram. Avec ses doigts dodus, elle fait les meilleurs gâteaux. Elle et Mamie Biscuit sont amies, mais je crois que ça fait longtemps qu’elles ne se sont pas vues. Mamie, elle vieillit. Et elle ne peut plus voyager comme avant. Et encore moins prendre le MagieTram qui « valbadoum » dans tous les sens.
Ouille, ouille, ouille !
— Que je suis heureuse de te voir, jolie Mist ! Alors, qu’est-ce que je te sers aujourd’hui ?
Il y a trop de choix pour un seul estomac. Lulu me fait défiler tous les gâteaux du jour : des crêpes à la confiture de lait, des muffins tout choco, des cookies au caramel… Mais moi, ce que je veux, c’est sa recette secrète : le mœlleux au cœur Nutella qui me fait saliver de joie.
— Et pour la plus jolie, voici le cœur Nutelliiii ! s’écrie Lulu en tapant dans ses mains.
Elle crée un nuage de fumée rose qui me fait tousser. Ça, c’est du grand Lulu, plein de rose et de magie et surtout beaucoup de « iiiiii ».
Je mange mon gâteau avec Eustache. Bien sûr, je pense à lui et je lui en donne un peu. Pour être honnête, ce robot n’est pas très gourmand ; je crois qu’il préfère les trucs bizarres : comme le fer ou la rouille ou encore les écritures informatiques qui donnent mal à la tête.
— Mist ! Regarde par la fenêtre, nous arrivons à Champs-Lavande, on peut voir la mer !
Les yeux violets de Maman brillent. Je colle mon front contre la fenêtre humide. Je dois cligner plusieurs fois des yeux pour voir à travers la buée. Mais elle a raison, je vois la mer qui danse devant nous, et le soleil qui la réchauffe.
C’est beau !
Ma bouche forme un « O » tellement je suis impressionnée. Je tape des pieds, impatiente d’arriver. Le tram entre en gare, et je saute de mon siège. Pas le temps d’attendre. J’entends à peine Maman qui parle dans mon dos, sûrement pour me dire de rester sage. Quand le MagieTram siffle l’arrivée, je cours dans le wagon et saute avec Eustache sur le quai. Je l’aurais bien lâché, mais ce fainéant refuse de marcher. Faudra que je pense à le reprogrammer.
— Tu vois Mamie ? demande Maman.
Je suis trop petite. De ma hauteur, je ne vois que les jambes poilues et les collants filés. Je grimace en faisant « non » de la tête.
— Mist, regarde devant toi.
Mamie est à trois pas de moi. Son visage flétri me sourit, alors que ses grandes lunettes cachent ses yeux noisette. Je cours, je hurle et je me jette dans ses bras. Elle sent bon la maison.
C’est bon, Eustache, les vacances peuvent enfin commencer.
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