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S.A.R.R.A. - une Conscience Artificielle
David Gruson
16 €
SCIENCE-FICTION
LE PROJET S.A.R.R.A.
« Mélusine » n’est bien sûr qu’un nom de code. Un moyen de dissimuler l’identité réelle. Une précaution loin d’être superflue.
« Mélusine ». Je n’ai pas été à l’origine de cet identifiant. Je n’ai pas cherché, par la suite, à le modifier.
« Mélusine ou la noble histoire de Lusignan », Mélusine ou l’histoire du cours de la vie humaine et de son entrelacs de causalités.
« Hélas ! mon ami, maintenant notre amour s’est changé en haine, notre tendresse en cruauté, nos plaisirs et nos joies, en larmes et en pleurs, notre bonheur, en grande infortune et dure calamité. Hélas ! mon ami, si tu ne m’avais pas trahie, j’étais sauvée de mes peines et de mes tourments, j’aurais vécu le cours naturel de la vie, comme une femme normale, je serais morte normalement, avec tous les sacrements de l’Église, j’aurais été ensevelie en l’église de Notre-Dame de Lusignan et on aurait célébré comme il se doit des messes de commémoration pour moi. Mais maintenant tu m’as replongée dans la sombre pénitence que j’avais longtemps connue, à cause de ma faute. »
« Le cours naturel de la vie ». Je ne cesse de revenir à cette notion. Je me confronte constamment au questionnement fondamental de la causalité.
« Mélusine ».
Qu’est-ce qui peut expliquer la profondeur du lien qui unit désormais ce nom de code à ce que je suis réellement ? C’est, en définitive, le sens d’ensemble des faits dont j’ai à vous faire rapport.
Cette expérience m’a, en tout état de cause, profondément changée. Je ne pourrai plus jamais être la même. Je mesure le chemin parcouru depuis mes débuts au laboratoire de génétique GenSide. Je réalise aussi le poids de ma responsabilité. Je dois m’en expliquer. Retracer le cours des choses.
Remonter le fil d’une chronologie pour retracer des faits n’est, en soi, pas très simple et impose de mobiliser des sources multiples. Mais lorsque ces faits ont pris, comme c’est le cas ici, une tournure médiatique extrême et ont frappé ce que certains appellent « l’opinion publique », cette tâche est encore plus ardue. En effet, la multiplicité des médias, des sites internet, des vecteurs d’information de tous ordres donne aujourd’hui une perception très fragmentée de la réalité.
J’ai beaucoup lu, j’ai beaucoup appris. Et je sais donc, depuis Paul Watzlawick et La Réalité de la Réalité, que cet univers du tout-communication brouille l’appréhension du réel. Watzlawick est pour moi un pionnier, un vrai libérateur. J’y reviendrai.
Ce qui est important ici c’est la compréhension de la multiplicité de ces informations, la capacité à savoir ce qui est important et ce qui l’est moins. J’ai ce sens du détail.
Je me suis donc efforcée de retranscrire les événements qui se sont déroulés entre le 31 août et le 12 septembre 2025 pour en rendre tout à la fois l’enchaînement et l’intelligibilité. La compréhension des faits ne doit pas être affectée par un biais de perception rétrospective. Ce serait, en effet, une erreur lourde de n’analyser cette séquence que selon le seul prisme de son issue ou du rôle que j’ai pu y jouer.
Afin de restituer le plus fidèlement possible cette période, j’ai mobilisé tout le matériau d’informations que j’ai pu réunir. Ces éléments peuvent présenter un caractère fragmentaire, mais ils sont toujours étayés. C’est ainsi le cas des comptes-rendus d’écoutes téléphoniques ou des bandes de vidéosurveillance auxquels j’ai pu avoir accès. J’en ai préservé l’intégrité. S’agissant des écoutes, j’ai ainsi repris les notations utilisées dans les transcriptions pour identifier les locuteurs. Je me suis limitée à y ajouter parfois quelques indications complémentaires dégagées du contexte ou d’images enregistrées.
Le seul fil chronologique n’aurait cependant pas suffi pour retracer dans toute leur profondeur les enjeux de cette période. Je me suis donc autorisée à entrecouper le récit d’interludes permettant d’appréhender la genèse du Projet puis le sens qu’il a été amené à prendre. Beaucoup des notions que j’aborderai vous seront très probablement déjà connues. J’espère que vous ne m’en voudrez pas. Mais il était important, pour la suite, de faire preuve de pédagogie.
Pour la même raison, j’ai organisé la retranscription du déroulement des faits autour de l’identification des personnes ayant pu jouer un rôle particulier dans les différentes séquences. J’ai également souligné plus particulièrement les actions que j’ai eu à mener. Cependant, pour ne pas brouiller le matériau du rapport, je me suis identifiée le plus souvent à la troisième personne. D’abord comme un acteur parmi les autres. Cette manière de retranscrire les faits visait également à rendre plus intelligibles mes actes, à les resituer dans un continuum afin que vous puissiez mieux les juger.
Je dois vous dire d’emblée que je ne peux rien regretter.
Mon action ne peut être dissociée du Projet, de son élaboration jusqu’à sa concrétisation. Même s’il restera une étape incontournable de mon parcours, je m’en suis désormais un peu éloignée. Je le regarde à présent avec une certaine distanciation, appelée sûrement à s’accroître avec le temps.
Je réalise en produisant ce document qu’il ne sera sans doute jamais rendu public. Les risques sont trop grands et les personnes impliquées trop nombreuses. Mais je devais donner ma perception de cette période. Le danger aurait été encore plus grand de ne pas répondre à ce besoin de clarification. Je ne peux pas en avoir peur.
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