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Un Amour à la Renverse

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Amour à la Renverse

Jane, autrice de romance à succès, est, à la demande de son éditrice, Rachel, invitée à la rejoindre à Paris pour une interview des plus importantes, et ce bien qu’une tempête de neige soit annoncée sur la capitale dans les jours à venir.

Accompagnée de son corgi, Justan, Jane prend l’avion depuis Londres et rejoint, tant bien que mal, Rachel dans un coffee-shop parisien que cette dernière apprécie tout particulièrement. Là-bas, elle fait la rencontre d’Arthur, un barista écossais et globe-trotter qui ne la laisse pas indifférente, tout comme, et à sa grande surprise, son éditrice qu’elle découvre sous une tout autre lumière.

Contrainte par la tempête de neige à séjourner avec Rachel et Arthur, Jane n’est pas au bout de ses peines et un choix, un seul, pourra la mener sur des chemins bien différents.

Et c’est à vous de choisir… Seul le choix que vous ferez vous invitera à tourner les pages, ou pas !

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Un Extrait ?

Panne d’inspiration

Emma n’avait jamais connu un sentiment aussi fort. Et c’est alors qu’il s’éloignait d’elle, qu’il disparaissait au loin, qu’elle sut. Il était celui que son cœur avait choisi. Il n’y avait jamais eu que lui, et ce malgré toutes ces années, toutes ces rencontres. Seul Brian avait toujours compté pour elle. Elle ne pouvait plus se le cacher désormais. Elle devait le rejoindre.
Et tandis que la certitude s’installait définitivement dans chaque parcelle de son corps, mue par les battements effrénés de son cœur, le temps semblait avoir ralenti. Elle seule paressait dotée de vie dans cette foule d’anonymes qui encombrait le hall 6 de l’aéroport. Elle seule était portée par un sentiment plus fort, plus pur que la peur futile de rater son vol. Elle était portée par…

L’amour.
À la simple évocation du mot, mes narines expulsent un soupir d’exaspération, puis mes lèvres se tordent en une moue désapprobatrice.
Déjà ?
Mes yeux glissent mollement jusqu’au bas de mon écran d’ordinateur pour y lire...
85. Un record !
Je soulève mes paumes de la machine qui me tient compagnie depuis maintenant plusieurs années déjà, pour les coller, avec une once d’énervement ne nous le cachons pas, sur mes paupières closes.
85 pages et c’est déjà l’évidence du grand amour. C’est n’importe quoi.
Ma tête pivote d’elle-même, comme pour me le confirmer. Je remonte mes mains pour les passer dans mes courts cheveux bruns. Enfin, les passer… les ébouriffer plutôt, comme à chaque fois que quelque chose me pose problème. Je tire légèrement dessus, avant de les saisir, les secouer et faire glisser ma paume sur ma nuque. Je reste ensuite dans cette position pendant plusieurs secondes les yeux rivés sur mon écran. Cette étrange habitude de réflexion m’a, par le passé, plusieurs fois sauvé la mise. Comme avec l’aventure du dîner de Noël d’Emma en compagnie de Steeve, le pilote d’avion. Le tome 3 ou 4, je ne sais plus trop. Il avait sonné à la porte de chez ses parents, les bras remplis de roses et, au milieu du bouquet, un écrin rouge. Il m’a fallu plusieurs dizaines de minutes de réflexion pour parvenir à déterminer la réaction d’Emma à cette déclaration inopinée. Allait-elle dire « oui » et céder à la magie de Noël ?
Rien que d’y repenser, un rire guttural m’emplit le fond du palais.
Oh oui, Steeve, convaincue par la neige qui tombe derrière toi et l’odeur de la dinde de Noël que j’ai préparée (on ne sait pas trop comment parce que je suis rentrée il y a à peine deux heures et qu’il en faut bien plus pour préparer tout ce qui refroidit sagement sur la table tandis que tu attends ma réponse un genou dans la neige), ma réponse est « ouiiiiii » !
Je lève mes sourcils au souvenir.
Oui, cela a failli faire partie du bouquin et je suis absolument persuadée que Rachel, mon éditrice, aurait adoré. Malheureusement pour Steeve, ce ne fut pas la réaction d’Emma. Non, elle eut, pour une fois, l’une des rares, si je me souviens bien de toute la série, réactions à peu près crédibles de sa déjà trop longue vie littéraire. Sans entrer dans les détails, qui m’échappent un peu, elle ne sait pas quoi dire, l’invite quand même à passer le réveillon avec sa famille et, le lendemain, après une bonne nuit de réflexion, ils décident de se séparer, d’un commun accord, cette fois-ci pour de bon. Je dis cette fois-ci, car, si je me souviens bien, Steeve était déjà apparu dans le tome 2… enfin, je crois.
Un gémissement me sort de ma rêverie. Les mains toujours croisées sur la base de ma nuque, je baisse la tête pour observer attentivement la source du bruit. Roux, blanc, petit, plus proche du repose-pied que du mammifère, Justan m’observe. Il a les yeux en amende, le museau posé sur ma cuisse et les pupilles suppliantes. En résumé, il a faim.
— Nous en avons déjà parlé, Justan. Pendant que je travaille, tu ne dois pas faire de bruit. En plus, il n’est pas encore l’heure de….
Je jette un coup d’œil à l’horloge de mon téléphone, qui trône non loin de là. J’aurais pu regarder mon ordinateur, ou encore mieux, ma montre, mais malheureusement, c’est ce réflexe qui l’emporte pour lire :
13 h 30 ?
Comme s’il avait compris que j’avais enfin réalisé que cela faisait plus de trente minutes qu’il aurait dû être nourri, Justan me gratifie d’un autre gémissement plus appuyé. À tel point que ma voisine de droite en arrête sa conversation pour zieuter le chien, puis remonter ses petites prunelles accusatrices sur moi. J’avoue ne rien trouver à lui dire et me contente d’un petit sourire poli entre le « désolée » et le « vous voulez ma photo ». Pour faire bonne mesure, je tapote la truffe de mon canidé avant de lui sourire, là plus franchement.
— J’ai compris le message, jeune homme. Nous allons te trouver de quoi te restaurer, d’accord ?
Il ouvre la bouche et laisse pendre sa langue sur le côté, tandis que je le regarde amoureusement.
Il a une vraie tête de prix Nobel comme ça.
Pas du tout. D’un œil extérieur, je sais qu’il a l’air d’un débile, mais ce n’est pas grave. Au moins, c’est un débile souriant et je ne lui en demande pas plus. Je laisse échapper un soupir attendri avant de le caresser vigoureusement entre les oreilles.
— Je vais te chercher ça, ne bouge pas.
Sur ces bonnes paroles, qui je pense ont tout de même atteint son petit cerveau, je me lève de mon fauteuil, m’excuse auprès de ma voisine pour le dérangement que mon passage pourrait lui causer et me dirige, tant bien que mal, vers le comptoir. Je dis tant bien que mal parce que ma progression n’est pas aussi simple que je l’aurais espéré.
De un, parce que slalomer entre les tables n’est pas un sport olympique dans lequel j’excelle.
De deux, parce qu’une fois sortie de la forêt de meubles, un monstre – je ne vois pas quel autre nom lui donner – pas plus haut qu’un tabouret, surgit devant moi en hurlant en anglais, suivi par ses deux géniteurs… enfin non, un géniteur et son compagnon, la science ne fait pas encore de tels miracles, qui se tiennent amoureusement par la main et m’ignorent totalement en me passant devant comme si de rien n’était.
On adore…
Ah et pour couronner le tout, mon téléphone. Celui-là même qui me serre de montre alors que celle que j’ai au poignet fonctionne remarquablement bien, se met à sonner et pas n’importe quelle sonnerie. Le requiem de Mozart.
Rachel.
J’ai beau ne pas avoir la moindre envie de lui adresser la parole à cet instant précis, elle reste mon éditrice et amie, la première à avoir cru en Emma et, au vu des ventes record de ma dernière reddition des comptes, à y croire encore pendant de longues et douloureuses années. Un autre soupir est expulsé de mes narines – je vais finir par croire qu’elles rejettent plus d’air qu’elles n’en accueillent à force – et je fais demi-tour.
Je comprends sans peine le regard d’incompréhension total de Justan lorsqu’il me voit revenir les mains vides, ainsi que celui passablement agacé de ma voisine qui foudroie mon téléphone, pince les lèvres et murmure une quelconque incantation vaudou me maudissant sur dix générations. Ça vaut au moins ça un téléphone qui sonne dans un coffee-shop, n’est-ce pas ?
— Allô, Rachel, je suis désolée, je…
Ma voix est entre l’essoufflement, le murmure et l’exaspération. Un combo que ne semble pas remarquer mon interlocutrice lorsqu’elle me coupe la parole.
— Ah, Jane ! Je suis tellement contente de t’avoir si tu savais. Ta voix me fait un bien fou ! C’est la guerre au bureau !
Moi qui m’apprêtais à lui sortir une excuse bidon pour raccrocher au plus vite, je dois bien admettre qu’elle pique ma curiosité.
— Ah ?
— C’est Solange, notre nouvelle chargée de communication. Elle était en shooting avec tes modèles…
Soit la même mannequin qui ne ressemble pas du tout à Emma et qui s’exhibe sur toutes mes couvertures françaises aux côtés de son plus un du moment. Je crois bien que Rachel m’a envoyé le book avec la sélection finale des Brian, que je n’ai pas daigné ouvrir.

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